14 novembre 1852

« 14 novembre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 163-164], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8747, page consultée le 26 janvier 2026.

Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour je t’aime. Je suis revenue hier attendrie par ton ineffable bonté pour moi, mais assez inquiète de te savoir mouillé depuis les pieds jusqu’à la tête. Tu devrais avoir comme tous les hommes qui ne sortent pas habituellement après le dîner, un bon costume de chambre et de bonnes pantoufles bien chaudes. De cette façon tu éviterais les rhumes et les rhumatismes au lieu de les favoriser, en conservant chez toi tes vêtements mouillés, surtout tes souliers. Ce que je te dis là, mon bien-aimé, pour n’être pas tiré de l’almanach des bons conseils, ne mérite pas moins que tu le prennes en considération, ne fût-ce que pour flatter mon amour propre d’auteur et tranquilliser mon pauvre cœur de Juju. Le cidre1 de Charles a dû se ressentir de l’affreux temps d’hier. Il est vrai que les démocrates et les canards ne reculent pas devant le barbotagea. Seulement ils ont peu l’habitude de se produire dans un salon dans ce costume plus fait pour les marées et les étangs que pour les parquets et les tapis. Quant à moi, je suis rentrée dans un état difficile à décrire car la pluie a redoublé avec rage dès que je t’ai eu quitté et les omnibus, les charrettes, les piétons, à cause du jour de marché, n’ont pas cessé de me barrer le passage et de nous ahurir jusque chez nous. Du reste j’en avais pris d’autant plus bravement mon parti que je n’avais rien à gâter. Aussi je suis arrivée en riant de tout mon cœur de mon équipage embourbé. Puis je me suis changée devant un grand feu en pensant avec regret que tu ne pouvais peut-être pas en faire autant et puis je t’ai plaint, je t’ai aimé, je t’ai béni et t’ai adoré jusqu’à présent.

Juliette


Notes

1 Cidre : réunion politique dînatoire. Charles Hugo y participe depuis le premier exil bruxellois de son père.

Notes manuscriptologiques

a « barbottage ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.

  • 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
  • 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
    Charles, puis François Victor, rejoignent leur père.
  • 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
  • 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
  • 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
  • 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
  • 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
  • 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
  • 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.